Anthony Freestone I Salle obscure I 7 jan – 18 fev 2012
"Je travaille sur les liens entre les choses. Le cinéma n'est pas le thème de l’exposition, il en serait plutôt le prétexte.
Les œuvres se présentent le plus souvent sous la forme de polyptyques faits de panneaux minutieusement peints; chaque panneau présente un document. Chaque tableau juxtapose des éléments provenant d’univers a priori distincts : une image tirée d’un film, un texte,une carte géographique, un tissu écossais ou une copie d’une œuvre médiévale.
Le plus souvent, les œuvres cinématographiques choisies sont obscures, ou à peu près oubliées : j’ai par rapport à elles une attitude d’explorateur devant une terra incognita. Le sujet de l’œuvre n’est pas pour moi le film ou le texte mais la rencontre entre le film et le texte, entre le texte et le lieu, entre le film et le film…
On pourra s’arrêter à la pure jouissance rétinienne de cet assemblage : à la construction du polyptyque ou aux jeux de formes et de couleurs. Si celles-ci ne sont, bien souvent, qu’une simple transposition du document original, les panneaux-textes sont, paradoxalement, des plus picturaux : leurs couleurs sont choisies pour induire le ton de l’oeuvre. Le choix des couleurs rend d’ailleurs souvent les textes difficilement lisibles.
On peut aussi aborder la partie « conceptuelle » du travail par les liens entre les documents. On remarquera ainsi, par exemple, que King Vidor & Joris Ivens parle de terre et d’eau. Du passage de l’eau dans la terre, de l’irruption de la terre dans l’eau ou d’une traversée d’une terre à l’autre. Si l’on pousse plus loin, on remarquera que, de façon récurrente, dans chaque œuvre, sont évoquées les questions d’utopie, d’appropriations et de frontières, qu’elles soient matérielles ou mentales, dans l’espace ou le temps.
Il est donc possible de voir mon travail comme un simple jeu rétinien ou comme une œuvre conceptuelle. Il est probable que les tenants des deux écoles, formaliste et conceptuelle, aient quelque difficulté à admettre la coexistence de l’autre dans une même oeuvre... Pourtant, la forme du polyptyque nous le rappelle, c’était là le projet des peintres du Trecento. C’est encore là une question de temporalité, de frontière et d’identité". Anthony Freestone